Connectés

Compteur de visiteurs en temps réel -

Compteur BSBC

Calendrier

février 2016
L Ma Me J V S D
« jan   avr »
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
29  

Gagner la Guerre ne suffit pas à gagner la paix

février 14th, 2016 by bsbc

Un sénateur s’est plaint récemment que des militaires puissent exprimer leurs idées comme citoyen… L’ancien monde est mort, notre société heureusement évolue.

Le chef d’état-major des armées vient d’écrire une remarquable tribune dans Le Monde du 21 janvier, dont vous retrouverez ci-après l’essentiel.

gal-pierre-de-villiers.jpg 

La France est entrée en guerre contre des groupes terroristes islamistes. Face à cette menace, notre stratégie consiste à aller frapper l’ennemi là où il se trouve.

Mais la vertu de la force ne pourra seule régler ces conflits mondialisés.

Notre ennemi agit de façon asymétrique et terroriste. La France peut compter sur ses armées pour résister, affronter et vaincre cet ennemi. Protéger les Français est leur vocation. C’est pour cela qu’elles s’engagent avec abnégation, constance et professionnalisme, à l’extérieur et à l’intérieur des frontières. Le combat sera long. C’est la force légitime qui fait reculer la violence. Cette force doit s’inscrire dans une stratégie globale pour agir sur les racines de la violence car nous sommes face à une guerre d’un nouveau type. La vlolence est désormais sur notre sol.

Daech,  Et Al-Qaida, AQMI, AQPA, nos ennemi ignorent les frontières et jouent de la mondialisation pour recruter leurs exécutants, diffuser leur propagande, exporter leurs modes d’actions terroristes. Ils cherchent l’implosion des sociétés, l’installation d’un chaos propice à l’émergence d’un néocalifat. Ils véhiculent sur les réseaux sociaux une propagande agressive, réactive et de grande qualité technique qui cherche à discréditer nos valeurs et notre modèle de société.Le terrorisme n’est pour eux qu’un moyen parmi d’autres d’arriver à leurs fins.

Le mensonge et la dissimulation sont leur matrice : leur idéologie évoque un passé idéalisé et la promesse d’un futur fantasmé ; ils prétendent préparer l’avènement d’un monde nouveau, mais usent sans retenue d’une violence destructrice et nihiliste ; leur action répond à un plan qui repose sur la recherche du coup de force permanent et la surenchère de violence.

Face à eux, nos armées mènent avec nos alliés, au Sahel et au Levant, une véritable défense de l’avant de notre territoire, de nos valeurs, de notre société. Et les mêmes soldats, en appui de nos forces de sécurité intérieure, se tiennent prêts à s’opposer aux actions que des terroristes voudraient commettre au cœur de nos villes. Défense de l’avant et protection du territoire sont les deux volets d’une même volonté : protéger la France et les français. Nous sommes entrés dans une guerre mondialisée et il en résulte pour nos démocraties un lien fort, direct, entre leur sécurité extérieure et leur sécurité intérieure.

Je constate chaque jour que l’histoire s’accélère, de plus en plus brutale.

Devant la complexité de la violence que nous combattons, il faut aller au-delà des apparences et s’appuyer sur quelques repères. A cet égard, j’ai 4 convictions.

1/ La vertu de la force

Face à la violence, la force légitime et maîtrisée est indispensable. Gardons-nous du repli sur soi. Attendre que nos ennemis, experts en asymétrie, viennent à nous, ce serait leur montrer une faiblesse qu’ils exploiteront inévitablement. En Afghanistan : plus nous sortions de nos bases, moins nous étions attaqués par les talibans et plus la menace qu’ils faisaient peser sur la population s’estompait.

Aujourd’hui, au Sahel, nos armées empêchent que ne s’y forment de nouveaux sanctuaires terroristes. AQMI voulait installer un califat au Mali. Les résultats obtenus-là bas montrent que l’action porte des fruits dès lors qu’elle s’ancre dans le long terme et s’appuie sur l’endurance et la persévérance. De même au Levant au sein de la coalition, nous luttons pour contenir Daech jusqu’à ce que les partenaires locaux soient en mesure de le détruire. Nos actions aériennes – renseignement et frappes – complètent le combat au sol des forces locales. Cette stratégie nécessite, là encore, de la patience. Mais le temps s’accélère sous la pression de l’information continue et instantanée. Or, la violence sait choisir son moment pour frapper, alors que la force a besoin de temps pour produire ses effets. Le chef militaire doit intégrer la demande d’effets immédiats et visibles, sans pour autant subir la tyrannie de l’urgence.

2/La force n’est pas suffisante

Une stratégie basée sur les seuls effets militaires ne pourra jamais agir sur les racines de la violence aue sont le manque d’espoir, d’éducation, de justice, de développement, de gouvernance, de considération. Gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Quelle que soit la nature des crises, une approche globale est indispensable, c’est-à-dire interministérielle et internationale. Il n’y a pas de place pour le développement économique durable – sans sécurité, et il n’y a pas de sécurité sans développement.

Sans une éthique solide, se limiter à des actions militaires peut même nous faire basculer dans l’inconscience de la violence. Les armées sont l’expression régalienne de la force légitime d’un Etat qui se reconnaît dans les obligations du droit international. L’action de nos armées s’inscrit donc dans une stricte conformité au droit. Une frappe aveugle ne fera jamais une victoire, ni ne viendra à bout d’une folie ou de la misère. Pis, face au terrorisme, nous devons nous garder de tomber dans un mimétisme où nous perdrions notre légitimité et, plus encore, notre âme.

3/ Cohérence

Il s’agit de la cohérence entre les menaces, les missions et les moyens. Pour défendre notre pays, notre armée doit avoir une palette de capacités à ” large spectre “. Les menaces multiples se présentent chaque jour sous une forme différente. Seul un modèle complet d’armée permet de durer et de s’adapter mais exige de consacrer 2 % du PIB aux dépenses de défense. La guerre a un autre prix : celui du sang de ceux qui acceptent de se porter au-devant de l’ennemi.

4/ De belles armées

Nous avons de belles armées en perpétuelle transformation pour relever les défis d’aujourd’hui et répondre à ceux de demain. Au Sahel, l’immensité désertique, le caractère transfrontalier de la menace et des groupes terroristes qui esquivent le plus souvent le combat, sauf s’ils sont acculés. Trois mille cinq cents hommes sont engagés dans cette opération. (Au Kosovo, sur un territoire 200 fois plus petit, on a engagé jusqu’à 50 000 soldats.)

Pour prendre l’ascendant, il a fallu radicalement changer nos modes d’action aéroterrestres. Ils reposent sur la surprise pour frapper la logistique et les postes de commandement adverses.

Pour y parvenir, nos armées mettent en œuvre le triptyque renseignement, capacité de suivi et de frappe, 24 heures /24.

Nos armées sont servies par des femmes et des hommes de grande qualité, militaires et civils, d’active et de réserve. Nos jeunes militaires, qui sont issus de la société civile dans toute sa diversité, sont généreux ; ils ont le goût de l’effort et du dépassement de soi ; ils font preuve de courage qui peut aller jusqu’à l’héroïsme ; en 2015, 50 % des militaires ont quitté leurs familles plus de 200 jours par an. Ils défendent avec foi les valeurs de la France : la liberté, ils combattent pour elle ; l’égalité, ils la vivent sous l’uniforme ; la fraternité, ils la construisent au quotidien. L’armée, lieu de brassage et de promotion sociale, contredit le discours des terroristes qui cherchent, par la division, l’implosion de la société.

En contrepartie, pour tenir dans la durée, l’armée de la nation a besoin du soutien des citoyens ; elle compte sur chacune et sur chacun d’entre nous.

En définitive, mes quatre convictions n’en forment qu’une : la France avec ses alliés gagnera ce combat contre les groupes armés terroristes islamistes radicaux. Pour cela, elle peut compter sur ses armées qui s’engagent sans idée de recul ; leur qualité et leur efficacité sont une source de grande fierté. C’est aussi pour nous tous une raison d’espérer. Nos militaires, émanation de la nation, forment un ressort essentiel de notre résilience collective. Dans l’anonymat de leurs missions, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières, ils incarnent les valeurs de notre pays et l’espérance de notre jeunesse au service de la paix.

Général d’armée Pierre de Villiers

Posted in Actualité | Réagir »


Créer un Blog | Nouveaux blogs | Top Tags | 109 articles | blog Gratuit | Abus?