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Terrorisme, une focalisation excessive

février 20th, 2016 by bsbc

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L’article de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), paru dans « La Croix » du 16 février mérite notre attention afin de s’interroger sur la focalisation probablement excessive qui est  actuellement faite par nos médias sur les conséquences des actions terroristes. N’est- ce pas ce qu’ils attendent, en leur donnant ainsi une victoire symbolique sur les esprits ?

 

La menace terroriste est devenue le centre de l’horizon médiatique, politique et stratégique français. Pourrait-il en être autrement? Les attentats de janvier 2015 avaient frappé la nation au plus profond. Elle avait fait face avec près de quatre millions de citoyens manifestant leur refus de céder à la peur. Mais le 13 novembre, 130 personnes perdirent la vie du fait d’attentats. Une escalade dans l’horreur, et dans les réactions qui ont suivi.

C’est devenu le sujet numéro un pour les médias qui ont vu leur nombre de téléspectateurs, auditeurs et lecteurs fortement augmenter et pour les responsables politiques qui doivent répondre à une demande de protection et de sécurité du public.

Dans l’ensemble, les Français ont réagi avec une très grande dignité à ces drames. Mais ils sont anxieux et ont besoin d’être rassurés.

On peut cependant se demander si, malgré l’intérêt marqué du public, on ne parle pas trop du terrorisme? Et si, ce faisant, on ne tombe pas dans le piège qui nous est tendu?     

Dès 1962, Raymond Aron écrivait que « les effets psychologiques du terrorisme étaient hors de proportion avec les résultats purement physiques». C’est encore plus vrai à l’heure des chaînes d’informations permanentes parce que c’est exactement ce que recherchent ceux qui ont frappé et veulent encore le faire : marquer les esprits. Ne risque-t-on pas alors de susciter un effet de galvanisation chez les terroristes qui vont crier victoire au vu de l’ampleur des réactions qu’ils suscitent? Cela leur permet de consolider leurs recrutements. . Ne crée-t-on pas un effet d’entraînement pour des esprits faibles qui pourraient, par mimétisme, essayer à leur tour de tenter de commettre un attentat? Ne risque-t-on pas de nourrir un climat anxiogène qui pèse sur le moral de la nation et l’activité économique. Et du coup de donner une victoire symbolique aux terroristes ?

Il ne s’agit pas de ne pas prendre en compte la menace. C’est indispensable. Mais faut-il en faire à ce point un élément du débat public? Ne pourrait-on pas agir avant et en parler moins? Par ailleurs, à trop se focaliser sur le terrorisme, n’oublie-t-on pas de réfléchir aux grandes évolutions mondiales, à la place de la France dans le monde, à ses marges de manœuvre qui ne peuvent se résumer à la lutte contre le terrorisme?

D’autres facteurs de mortalité ne suscitent pas la même mobilisation : 2 enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents et 130 personnes à cause de l’alcool. L’an dernier, 412 personnes sont mortes de froid dans la rue et 3 500 autres ont été victimes de la route, en grande partie par la délinquance routière. Chaque année, 150 personnes meurent de violences conjugales. Ces morts ne suscitent pas la même mobilisation.

Parce que ces morts ne sont pas le fait d’une action politique volontaire qui veut s’atta­quer aux bases de notre société, il y a une acceptation sociale beaucoup plus grande pour ces types de violence qui pourtant font chaque année, beaucoup plus de victimes.

Les terroristes peuvent frapper en tous lieux et à tout moment. Il faut non pas s’y résigner mais s’y préparer, vivre avec ce risque comme nous vivons avec d’autres (maladies, accidents, etc.) en étant vigilants mais pas paniqués.

J’habite dans le 11e arrondissement de Paris où ont eu lieu les attentats de novembre. J’ai plus peur pour mes enfants s’ils doivent faire de longs trajets de voiture que s’ils partent boire un verre dans le quartier.

Pour horribles qu’ils soient, ces attentats ne menacent notre société que si nous cédons à la peur. Il est contre-productif de se focaliser de façon excessive sur ce défi stratégique, au risque d’occulter tous les autres. Cela reviendrait à céder au spectaculaire et à l’irrationnel et ne pas voir le structurel et le rationnel.

Pascal Boniface Directeur de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques)

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